mardi 17 octobre 2017

1957 La presse des jeunes Tableau sélectif et première approche

                                            LA PRESSE DES JEUNES EN 1957




1 Presse commerciale et distractive accordant une grande place à la bande dessinée : des journaux qui marquent un certain essoufflement. Fin d’une embellie ?               
    Pour les petits : RIQUIQUI LES BELLES IMAGES  (1951-1968) (Éd. Vaillant)
                            ROUDOUDOU LES BELLES IMAGES  (1950-1968) (Éd. Vaillant)
                            PIPOLIN LES GAIES IMAGES (1957-1963)  (Éd. Vaillant)
                                            PERLIN ET PINPIN (1956-1980) (Fleurus, Union des Œuvres)
a) pour les garçons :
            Disparitions de Coq Hardi (devenu "Cocorico")  et de Pierrot en 1957
            - Le Journal de MICKEY (H) (1934, puis 1952) (Opera Mundi,  Paul Winkler)
            - VAILLANT (H) ("Jeune Patriote" en 1945) (PIF-GADGET en 1969).
            - HURRAH (1935- 1942 ; 1951-1959 : "Hurrah Magazine") (Del Duca)
            - L’INTRÉPIDE (H) (de 1910 à 1937; 1948-1949 ; puis de 1949 à 1962 (Del Duca)
            - BENJAMIN "Jeunesse actualité" (H) (1929-1939, 1952-1958) (Hachette)
            - NANO ET NANETTE  (Les Belles histoires de...) (mai 55- fév. 66) (Ed. Mireille)
            - COCORICO Le Magazine de l’aventure Mensuel (ex Coq Hardi) (Ed. de Chateaudun)
            - PIERROT « Nouvelle Série » Mensuel (Août 1956-Décembre 1957) (Ed. Montsouris)
Presse d'origine belge (École de Bruxelles et École de Charleroi)
            - SPIROU Magazine (H) (1938 ; 1946 pour la France) (Dupuis)
            - TINTIN (H) (né en 1946 en Belgique, en 1948 en France) (Dargaud)
            - JUNIOR (H) (« Tintin du pauvre », 1953-1979) ("Chez nous" en 79).

           
b) pour les filles:
            - LISETTE (H) (1921-1942, de 1946 à 1964) (Ed. Montsouris)
            - FILLETTE (H) (de 1909 à 1942, puis de 1946 à 1964) (S.P.E.)
            - LA SEMAINE DE SUZETTE (H) (1905-1940, 1946-1960) Gautier-Languereau
            - MIREILLE (BM puis H) (de 1953 à 1964) (Éd. Mireille)
            - LINE (H puis BM) (de mars 55 à déc. 63) (Dargaud) (le "Tintin" des filles)


2 Presse appartenant à des groupes de presse d'inspiration religieuse : Des titres qui existaient parfois avant la guerre. (FLEURUS et BONNE PRESSE)
- FRIPOUNET ET MARISETTE (H)  (1945-69) Fleurus (G. & F.), deviendra "Fripounet"
adopte le format 21*29, au lieu de 27*37, le 27/10/1957, au n° 43.
- CŒURS VAILLANTS (H) (1929-1944) (1946-oct. 1963) Fleurus (Garçons)
adopte le format 21*29, au lieu de 27*37, le 27/10/1957, au n° 43.
- ÂMES VAILLANTES (H) (1937-1944; 1946-1963) Fleurus (Filles)
adopte le format 21*29, au lieu de 27*32, au n° 43 de 1957.
- BAYARD (H) (1936-1940 ; 1946-1962) deviendra "Record"  (Bonne Presse)
- BERNADETTE (H) (1923-1940 ; 1946-1963) deviendra "Nade" (Bonne Presse)
- TERRES LOINTAINES (depuis 1952 jusqu’au début du 21e siècle (C. I. D. Éditions)

3 Presse de la Ligue de l'Enseignement et des Francs et franches camarades :
- FRANCS-JEUX (1946-1979) (En 1954, 1 filles, 1 garçons) (Ed. SUDEL) 
- TERRE DES JEUNES (1948) (Ed. SUDEL) 
- JEUNES ANNÉES MAGAZINE (1953) (Francs et Franches Camarades)  
- AMIS-COOP en 1957 (remplace L’AMI COOP) (M) (1953-1990) (O.C.C.E.)


4 Presse liée à la publicité
- KIM (M) (1952-1968) (« petits amis de Shell ») 
- PISTOLIN (1955-1958) (chocolat Pupier) 
- IMA, L'AMI DES JEUNES (M, puis BM, puis H) (1955-1958) (bons-primes) 
- MILLAT FRÈRES MAGAZINE  (Pâtes Millat Frères)

La jeunesse du baby-boom, celle qui naît entre 1945 et 1953, peut sembler choyée par l’Histoire puis qu’elle échappe en France aux guerres et bénéficie du début de la croissance économique des « Trente glorieuses ». N’oublions pas pourtant que des séquelles des derniers conflits demeurent comme semblent le montrer les cris d’alarme de l’abbé Pierre et la distribution de lait dans les écoles en 1954-1955.
Cette jeunesse nombreuse (plus de 800 000 naissances en France à partir de 1946), qui marque « la montée des jeunes » et appartiendra à « la nouvelle vague » (décelée par Françoise Giroud dans L’Express en octobre 1957) est  plutôt préservée et chanceuse. Autant dans les livres que dans  la presse pour jeunes, elle est encore tenue éloignée des drames de l’actualité (et dans quelques années, le courant « yéyé » fera perdurer le phénomène).
Les publications pour la jeunesse sont très nombreuses en 1957, plus de 150 titres. Si les hebdomadaires demeurent importants (deux fois que les bimensuels), les mensuels sont les plus nombreux (89 titres). Les enfants du « baby-boom » commencent à avoir un peu d’argent de poche, ce qui leur permet d’acheter eux-mêmes leur journal préféré qu’ils échangent volontiers avec ceux de leurs camarades mais 40 % des enfants sont abonnés à au moins un journal. La presse commerciale et distractive illustrée domine mais elle reste très critiquée par les « spécialistes », les associations familiales, les bibliothécaires, les enseignants et les responsables des mouvements de jeunesse parce qu’elle privilégie la bande dessinée. Ce serait une erreur de croire que la loi de censure du 16 juillet 1949 provoque un vieillissement et un déclin de la presse des jeunes. Les journaux ont vite fait de s’adapter et d’utiliser les multiples talents des nouveaux créateurs qui ignorent cette loi ou font mine de l’ignorer tant que le rédacteur en chef ne les rappelle pas à l’ordre. Au grand dam des éducateurs et des censeurs de tout poil, les images (que l’on ne nomme pas encore « bande dessinée ») occupe la majeure partie des « illustrés » et magazines pour la jeunesse. Des esprits tatillons calculent scrupuleusement le pourcentage des magazines occupé par ces images d’une jeunesse sous surveillance, pour en dire le plus grand mal. Rappelons que la loi du 16 juillet 1949 a pour objectif essentiel (sans aveu explicite) de s’en prendre à ces magazines illustrés (les romans et les textes étant généralement ignorés par la commission de censure) en prétendant défendre la production francophone contre les produits américains ou italiens.
En suivant ce principe simpliste, on a vite fait d’établir que le journal le plus éducatif est celui qui accorde la place la plus infime aux BD. Certains ont vite fait d’en déduire que c’est le journal Benjamin qui remplit le mieux ces conditions puisque c’est lui qui publie le plus de textes. Il est vrai que Georges Bayard, futur créateur de la série « Michel » en 1958, trouve un lectorat pour des romans à dominante policière, comme Bateau-Stop publié en 1957.
Mais le journal Benjamin Jeunesse Actualité, renaissant de décembre 1952 à novembre 1958, avec le parrainage d’écrivains et d’intellectuels (peu sensibles aux aventures belliqueuses de Biggles) rend surtout compte d’une actualité aseptisée et anecdotique accessible aux jeunes lecteurs. Pourtant en 1957, deux auteurs et pas des moindres, puisqu’il s’agit de René Goscinny et d’Albert Uderzo, y publient la bande dessine Pigeon vole, un épisode de la série « Benjamin et Benjamine ». La bande paraît même en 1ère page le 7 juillet 1957. Une exception.

  Une exception à la Une de "Benjamin" : une bande dessinée de Goscinny et Uderzo 

D’autres journaux font semblant de traiter de « l’actualité » (Comme Tintin,  Cœurs Vaillants…) mais les sujets abordés sont anodins et anecdotiques. Pas un mot sur la guerre d’Algérie (qui est d’ailleurs encore une guerre sans nom mais pas sans massacres). Pourtant en cette année 1957, les atrocités dans les deux camps et les tortures atteignent un degré ultime au point que des personnalités comme François Mauriac, Germaine Tillion ou Pierre-Henri Simon s’en émeuvent dans leurs ouvrages respectifs.
L’actualité pour la jeunesse se concentrera sur le sport (la montagne et la mort des alpinistes Vincendon et Henry sur le mont Blanc, le cyclisme quand Anquetil gagne son 1er Tour de France, le football et la boxe quand Alphonse Halimi gagne un titre mondial, les innovations techniques : automobile, aviation (l’Atar en vol vertical, le biréacteur Caravelle) et marine (Sous-marin Nautilus, bathyscaphe F.N.R.S 3), espace… avec en point d’orgue le lancement en octobre 57 du satellite soviétique artificiel Spoutnik 1
Les plus attentifs remarqueront les suites fâcheuses de l’invasion de la Hongrie par l’URSS, le Traité de Rome qui instaure la CEE, la réouverture du canal de Suez et les émeutes racistes dans l’Arkansas.
La jeunesse du baby-boom, en 1957, est encore celle de l’imprimé, de l’image et de la radio (même si aucune émission ne leur est encore vraiment  destinée, sauf « pour ceux qui aiment le jazz »). A l’époque, c’est souvent le chef de famille qui décide des émissions … sauf pour les jeunes qui sont détenteurs d’un poste à galènes qu’ils ont souvent fabriqué eux-mêmes. Le nombre de postes de radio est passé de 5 millions en 1945 à 10,1 millions en 1957. Quant au poste à transistors, il n’en est qu’à ses débuts ! Précisons que la télévision est en retard en France. Outre le prix exorbitant d’un récepteur, notons qu’il y a moins de 700 000 postes en 1957 et beaucoup de régions ne disposent pas des relais nécessaires pour capter les émissions.


mardi 19 septembre 2017

1957 : La bande dessinée n'existe pas encore

1957 La bande dessinée n’existe pas encore

D’accord, les puristes ne manqueront pas de faire remarquer que l’expression « bande dessinée » a été utilisée dans le journal Populaire de la SFIO en juin 1938, avant une apparition dans le quotidien La Nouvelle République en novembre 1949, puis Miroir Sprint en 1952 et Lectures pour tous en 1954. (Et nul doute que de patients chercheurs trouveront des dates antérieures).   
En fait, pour la majorité des gens, dans les années 50, on ne connaît guère que le mot  « illustrés » utilisé souvent dans un sens péjoratif (« un illustré, c’est salissant »), ce qui permet de cantonner le genre dans les lectures enfantines. D’autres utilisent l’expression américaine « comic strips », permettant une réduction commode de ce mode d’expression bon pour « les journaux pour rire ». Simone Lacroix, en 1956, dans La Presse pour enfants en France définit ainsi laborieusement les « bandes illustrées » : « L’illustrateur d’aujourd’hui raconte une histoire par l’intermédiaire d’images enfermées dans une série de cadres successifs, alignée en bande et couvrant toute la page. Le texte, généralement en style direct, est réduit à quelques lignes ou à quelques mots. »      
En 1958, Elisabeth Gérin dont il faut souligner une ouverture d’esprit rare à l’époque, dans Tout sur le presse enfantine, utilise, outre le mot « illustré » très fréquent et faute de mieux, les expressions « histoire à ballons » et « bandes illustrées ».

Donc, en 1957, si la bande dessinée n’existe pas réellement, en dépit de sa déjà longue histoire (et il est franchement inutile de remonter à la Tapisserie de Bayeux, voire aux cartouches de l’Egypte ancienne pour lui donner un semblant de légitimité dont elle n’a que faire), c’est parce qu’elle est globalement l’objet d’un mépris général de la part d’adultes qui ne sont pas toujours aptes à la lire correctement.
Dans cette époque très largement iconophobe, elle est bannie des écoles et des bibliothèques et beaucoup se demandent s’il ne faut pas tout bonnement interdire l’illustré, huit ans après l’adoption de la Loi de post-censure du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. 
La revue de Jean-Paul Sartre Les Temps modernes illustre bien cet état d’esprit en publiant en octobre 1955 (six ans après l’exposé des délires de G. Legman sur la Psychopathologie des comics), l’article de Fredric Wertham sur Les « crime comic-books » et la jeunesse américaine. Après cela, comment voulez-vous qu’on ne croie pas que la bande dessinée est criminogène ?
Au risque assumé de me faire un bon nombre d’ennemis parmi les bien pensants de la critique qui estiment que certaines personnalités sont intouchables, je vous livre quand même  certains propos du critique influent, communiste et instituteur Raoul Dubois qui, avec son épouse Françoise, a publié en 1957, La Presse enfantine française aux Éditions des Francs et Franches Camarades.
Malgré mes recherches je n’ai pas pu mettre la main sur cet opuscule de 48 pages mais le professeur Laurence Grove de l’Université de Glasgow en a publié des extraits dans plusieurs ouvrages, comme Text/Image Mosaics in French Culture Emblems and Comic Strips (European Cultural Transition, 2005 et 2017) et Comics in French The European Bande Dessinée in Contexte (Polygons Volume 14, 2013). Raoul Dubois, prenant la digne succession de Georges Sadoul en 1938, en partageant un antiaméricanisme tenace, rapporte ce fait divers dans deux phrases dont la juxtaposition est habile : « A Juilly, deux petits bergers massacrent une famille de cinq personnes. On trouve dans leur chambre une abondante provision d’illustrés. »
Mais, plus haut, Raoul Dubois avait prudemment écrit : « Nous savons tous que l’illustré ne porte pas seul la responsabilité du passage des jeunes devant le tribunal pour enfants. » No comment.
On aura compris que Raoul Dubois, membre de la Commission de contrôle de la loi de 1949 et qui, avec son épouse, va publier plusieurs ouvrages sur la presse des jeunes déteste tous les « illustrés » « Car rien n’est plus affligeant que la bêtise générale des histoires racontées en images par les illustrés ; aucune ne supporte une analyse un peu sérieuse » Cette position intégriste adoptée par un responsable de mouvements de jeunes ne sera pas sans conséquences. (Et qu’on ne me dise pas, une fois de plus, une fois de trop, qu’il partageait les idées de son temps, certes, très « iconophobe ».)
On attribue alors aux « illustrés » tous les maux de la terre et le mot appelle souvent le terme délinquance (c’est plus facile que de mettre en cause les traumatismes de la guerre). La nocivité de la bande dessinée est une évidence pour des critiques souvent proches du parti communiste et des revues comme Enfance (créée par Henri Wallon, voir les numéros de 1953 et 1956), Vers l’éducation nouvelle, Méthodes actives où Mathilde Leriche, comme l’écrit Thierry Crépin, « se montre tout aussi imperméable à la bande dessinée qu’en 1935 ». (Aïe, Aïe, Aïe, je vais payer cher cette citation !). D’ailleurs, il faut noter l’ancienneté de la référence autant utilisée par Raoul Dubois que Marc Soriano (eh, oui). Il s’agit du pamphlet de Georges Sadoul intitulé Ce que lisent vos enfants datant de …1938.
                                Une référence qui commence à dater

Dans son Guide de la littérature enfantine de 1959, Marc Soriano ignore les bandes dessinées sauf lorsqu’il revient sur la décennie des années 30, « l’époque où triomphent les « comics », bandes dessinées dont les images volontairement simplifiées et le texte – réduit à sa plus simple expression – rivalisent de vulgarité et de sottise. » (p. 40) Qu’on n’attende pas de lui davantage d’indulgence dans l’édition de son Guide en 1974 (réédité tel quel en 2002). On lit, page 71 : « D’une manière générale, les bandes de bonne qualité restent rares. Le plus souvent, il s’agit de productions hâtives, d’un dessin indigent, d’une ironie lourde et dont l’orientation est volontiers raciste ou belliciste. »
C’est d’autant plus surprenant que Marc Soriano et son épouse Françoise publient en 1957 dans le journal Vaillant des contes et des textes. 


Ils côtoient donc les excellents scénaristes Jean Ollivier et Roger Lecureux, les dessinateurs talentueux que sont Poïvet, Bastard, Cézard, Gire, Monzon, Tabary, Trubert, André Joy (Gaudelette), Le Guen, Mas, Coelho, Gillon ou Nortier…   


Dans ce temps de guerre froide, critiques laïques et catholiques, sans se concerter mais tous hostiles au principe de plaisir, critiquent une littérature distractive. Par  exemple, l’abbé Jean Pihan et René Finkelstein, responsables des publications « jeunesse » des éditions Fleurus et dont la revue Éducateurs évoque souvent les journaux pour jeunes non sans parti pris, participent à la polémique sur les illustrés et dénoncent la « neutralité » pourtant bien légitime des journaux laïques tandis que la Ligue de l’enseignement et la Fédération des Francs et Franches Camarades continuent de se montrer très critiques vis-à-vis de la bande dessinée (six ans après le film On tue à chaque page).   
Un des rares auteurs d’une Histoire de littérature enfantine en 1950 (essai augmenté en 1957), affirme avoir été aidé par Romans à lire, rom   ans à proscrire de l’abbé Louis Bethléem. Cet auteur qui publie des romans chez Fleurus limite sa connaissance de la bande dessinée à Hergé qui « a promené son Tintin sur tous les continents » et à Alain Saint-Ogan pour Zig et Puce.

                    
Les intellectuels ignorent pour longtemps encore l’existence des bandes dessinées. C’est en raison de ce mépris que la sociologue Évelyne Sullerot publie en 1966 chez Opera Mundi un petit essai au titre provocateur : Bande dessinée et culture. Elle ose tout simplement dire : « On ne lit pas des bandes dessinées pour s’instruire. On les lit par plaisir ». (Et je suis fier que l’école maternelle de mon village porte le nom de cette pionnière exceptionnelle).

Communication faite à Bordighera au premier salon international des bandes
dessinées  en 1965

En outre, si la bande dessinée en tant que telle n’existe pas en 1957, il y a plus grave. Les scénaristes et les dessinateurs n’existent pas non plus. Bien qu’elle publie des vignettes de B.D. dans son livre, Elisabeth Gérin ne cite aucun auteur ou dessinateur, même ceux de la Bonne Presse qu’elle connaît bien (puisqu’elle cite la B.D Thierry de Royaumont).      
On devine le changement que devrait produire l’essor de la bande dessinée franco-belge et la naissance du journal Pilote en 1959. C’est aussi l’année où Pol Vandromme publie chez Gallimard Le Monde de Tintin, un ouvrage dans lequel il utilise d’ailleurs l’expression « bandes dessinées » (par exemple, page 179) !
Mais n’anticipons pas.  


dimanche 20 août 2017

1957 Encore des fictions connues ou moins connues

1957 : Encore quelques titres de fictions chez des éditeurs connus ou moins connus

Nous avons rencontré successivement les éditeurs Hachette, G.P. Paris, Fleurus, Gautier-Languereau, Alsatia, Spes, Desclée de Brouwer, Casterman, Flammarion et Père Castor, Gérard (Marabout), Plon, La Farandole,  Nathan, Érasme, Gründ, BIAS, Hatier, Lanore, Bourrelier, Magnard, Gédalge, Delagrave…
Or, il existe en 1957 bien d’autres éditeurs actifs de fictions pour la jeunesse.
Tatiana Rageot et son mari Georges Rageot (1901-1950) avaient créé la collection "Heures joyeuses" pour la jeunesse, chez Aubier en 1934. Le couple avait fondé en 1941 la S.A.R.L. des Éditions de l'Amitié-G.T. Rageot et repris la collection "Heures joyeuses" toujours active en 1957 aux Éditions de l’Amitié G.-T. Rageot puisqu’elle publie Le Seigneur des Hautes Buttes (Prix Enf.ance du monde en 1957 de Michel-Aimé Baudouy. On rencontre encore de Berislav Kosier, Bon vent, l’oiseau bleu. et Jamba l’éléphant de Théodore-J. Waldeck.


L’éditeur Brépols, lui aussi intéressé par le créneau du roman scout, a lancé  la collection "Junior Club" qui connaîtra une audience limitée, peut-être en raison du prix élevé de ses livres illustrés en couleur. La collection publie des auteurs alors peu connus (en 1957, le Belge Camille-Jean Fichefet pour Capitaine Twin, une histoire de jumeaux, et Théo Fleischman, auteur de Tapin, tambour de Bonaparte en Egypte).
Les éditions BIAS (déjà évoquées publient Un dollar les mille kilomètres (32 000 kilomètres parcourus en 3 mois, sans argent, sans appuis), de Dominique Lapierre en 1957 et, illustré par  Raoul Auger,  Le Fin mot de l’Histoire de Paul Guth.
G.P. crée aussi en 1957, la collection cadette "Dauphine" (dont le numéro 2, Les Vacances d’Isabelle de Véronique Day, alias Marie-Madeleine Falaize, épouse Petit, se taillera un succès durable). La collection, centrée sur les romans et contes français et étrangers, s'adresse le plus souvent à de jeunes lecteurs et lectrices, de 6 à 10 ans. Les auteurs féminins sont présents, comme Michèle Arnéguy (Les Trois cavaliers d’Iraty, 1957) et Dominique François pour Le Chemin des étoiles. Jean Ollivier offre le récit Le Mercure d’or et l’on réédite Mes vols de Jean Mermoz
La Librairie Gründ, dans sa collection "Trésors des jeunes", créée au début des années 50, constituée d’énormes volumes reliés, parfois de plus de 600 pages, préfacés par des personnalités, mêle histoires vécues et récits merveilleux, figures historiques et aventures tous azimuts. Chaque livre constitue une anthologie illustrée, dotée d’une jaquette elle aussi illustrée, en couleur, tout comme les hors-texte égayant l’ouvrage toutes les 32 pages. Deux ouvrages marquent l’année 1957 : 120 Histoires de bêtes d’ici et d’ailleurs, présentées par René Poirier et  Keepsake des Jeunes Filles.


  Les Nouvelles Presses Françaises, déjà actives en 1946, s’ouvrent en 1957 très bons récits historiques d’André Bonnard (L’Invincible légion, d’après l’Anabase de Xénophon, D’estoc et de taille, d’après les Chroniques de Froissart) sans compter une version de L’Iliade.
  Dans la collection « La Bibliothèque blanche », chez Gallimard, on ne relève pour 1957 que le titre Barboche de Henri Bosco, un auteur dont on va publier d’autres ouvrages (L’Enfant et la rivière, L’Âne Culotte, Le Renard dans l’île, et Barbagot, suivi de Pascalet.)
Depuis 1954, les éditions André Bonne publient la collection : "France Club", reliée, illustrée et dirigée par Jean Merrien (1905-1972, comte de la Poix de Fréminville). J. Guichard du Plessis y fait éditer en 1957 : A la poursuite de l’Indien.
Chez Tallandier, le prolifique Albert Bonneau trouve un éditeur pour se longue série : Les Aventures de Catamount, rare série romanesque française consacrée au western alors omniprésent dans la bande dessinée. Sont publiés, par exemple,  en 1957, Catamount au grand rodéo,  Le Rendez-vous de Catamount, Le Signal de Catamount  
Aux Presses de la Cité, dans la "Collection Captain W.E. Johns", Louis Castex raconte Clément Ader ou l'enfant qui voulait se faire oiseau et, parmi les aventures de Biggles, on note en 1957 : Biggles touche au but.


  En 1957, les éditions du Temps créent : "Aujourd'hui l’aventure", une collection illustrée de photographies en couleur, commencée avec Demain, ils seront des hommes, dont le cadre est napolitain. Marshall Pugh raconte les exploits de  Commander Crabb et Mabel Wain Smith préfère s’envoler Au galop d’un cheval mongol. Marcelle Vérité y publie aussi Salicorne. 
Les Éditions de l’Écureuil, très oubliées, publient d’abord des récits de « Princesse » V. Jadeja, illustrés par elle, comme, Loulouba (dans l’Inde traditionnelle des maharadjas),
  Certains ouvrages publiés en dehors des collections pour la jeunesse (donc chez les adultes) gagneront bien vite les faveurs de la jeunesse. C’est le cas de La Gloire de mon père de Marcel Pagnol, publié chez Pastorelly, de La Communale du Lorrain Jean Lhôte, de Tistou les pouces verts de Maurice Druon édité chez Del Duca et de Niourk de Stefan Wul, publié au Fleuve Noir dans la collection Anticipation, accessible à la jeunes grâce à Christian Grenier chez « Folio Junior Science-fiction ». Le livre d’Yves Salgues : James Dean ou le mal de vivre, publié chez Pierre Horay, met en évidence un mythe en pleine croissance. En 1957, Italo Calvino publie Il Barone rampante (Le Baron perché) mais il fait attendre 1969 pour en lire la traduction dans la "Bibliothèque balnche", chez Gallimard.  
Le « Club des jeunes amis du livre » est particulièrement actif en 1957 puisqu’il propose dans des ouvrages souvent classiques, reliés, publiés en texte intégral, dans une présentation esthétique mais très coûteuse …

ALAIN-FOURNIER, Photo. de CATHERINEAU : Le Grand Meaulnes
Club des jeunes amis du livre
Jacques BOULANGER : Les Enfances de Lancelot du Lac Club des jeunes amis du livre
COLETTE : La Maison de Claudine 347 p. 1290 F  Club des jeunes amis du livre
Maxime GORKI : Ma vie d’enfant Club des jeunes amis du livre 285 p.  1190 F
Nathaniel HAWTHORNE : Contes fabuleux (adapt. Pierre Leyris) Club des jeunes amis du livre 273 p
Jérôme K. JEROME : Trois hommes dans un bateau Club des jeunes amis du livre 271 p. rel. 1150 F
Rudyard KIPLING : Capitaines courageux Club des jeunes amis du livre 327 p. 990 F
Selma LAGERLOF : Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson (trad. Hammar) 
Club des jeunes amis du livre 363 p. rel. 1580 F
Charles LAMB, Ill. CHICA : Les Contes de Shakespeare Club des jeunes amis du livre 80 p. 800 F
trad. Téodor de Wizewa



1957 : Références de titres très divers encore publiés

Honoré de BALZAC, Ill. François CRAENHALS : Eugénie Grandet « Le Rameau vert », Casterman 205 p. 285 F jaquette 
François BÉRISAL, Ill. E. MOREL : L’Avion des neiges La vie d’Herman Geiger « Belle humeur » DDB
Anne BRAILLARD : Anne en vacances « Nouvelle Bibliothèque Rose » Hachette
Roger BRARD (Illustrateur) : Robin des bois BIAS
Léo DARTEY, Ill. Manon IESSEL : Le Secret de la Lézardière « Pour les jeunes » Flammarion
André DEMAISON : Puissance de la savane (Super, G.P.),
Charles DICKENS : David Copperfield « Bibliothèque de la jeunesse » Hachette
Charles DICKENS, Ill. Roger BRARD : David Copperfield 92 p. 275 F “Anémones” Ed. BIAS
Marc-Yvon GAILLARD : Aboulkassem le magnanime Coll. « Jeunes » S.U.D.E.L. 158 p.  
Mario GIUSSANI : Buffalo Bill Éditions S.A.I.E.
Yette JEANDET : La Cité sous le lac (BIAS, « Vastes Horizons »)
Vladimir G. KOROLENKO : Le Musicien aveugle « Les Sentiers de l’aube » Plon
Jean LACOMBE Navigateur inconnu  : A moi, l'Atlantique Robert Laffont et Ed. Sequana (trav. 55)
Dominique LAPIERRE, Ill. A. JOURCIN : Un dollar les 1000 kilomètres (Ma 1ère bibl., B.I.A.S.) (réédition)
Paule LAVERGNE, Ill. Pierre ROUSSEAU : La Splendide Luppé « Coll. Jeunes » S.U.D.E.L.   
G. LENOTRE, Ill. PELLERIN : Légendes historiques. Contes de Noël « Jeunes bibliophiles »
Gautier-Languereau 256 p., 1500 F 
P. LEPROHON : Sahara Horizon Sud « La Comète » Gedalge
Marc MICHON, Ill. LE BOUDER : L'Anneau d'or de Messire Bertrand ("Mousquetaires", Magnard)
Marc MICHON, Ill. Alain d’ORANGE : Crinière au vent « Signe de piste » Alsatia 192 p. 300 F
Henry de MONFREID, Ill. André HOFER : La Perle noire (Gedalge, "La Comète") 188 p. 460 F
Marina SERENI : Les Jours de notre vie Les Editeurs Français Réunis 221 p. 500 F
TRILBY, Ill. Manon IESSEL : Madame Carabosse « Pour les jeunes » Flammarion (Réédition)


vendredi 18 août 2017

1957 Quelques éditeurs scolaires et leurs fictions pour la jeunesse

1957 : Quelques éditeurs scolaires et leurs fictions pour la jeunesse

Plusieurs éditeurs publiant des livres scolaires (parfois depuis plus d’un siècle, comme Hachette) ont déjà été évoqués.
Il est nécessaire de rappeler les romans et récits d’éditeurs souvent engagés dans la défense de l’école publique.



Chez Bourrelier

En premier lieu, nommons les éditions Bourrelier, crées en 1931 par Michel Bourrelier, qui publient des livres scolaires ou parascolaires et poursuivent des collections qui ne sont malheureusement guère renouvelées. "Marjolaine" (avec 27 titres en 1960), pour les plus de 8 ans, réédite en 1957 La Marchande chevaux de bois d’Alice Verlay Frapié.  "Primevère", reliée, illustrée, pourvue d’une jaquette, a été créée en 1932 (pour les 10-14 ans). Dans cette collection « Primevère », en 1957, on remarque surtout L’Étrange famille de la pampa (1957), bon récit d’Aimée Collonges, illustré par Françoise Estachy, qui obtient le Prix Jeunesse en 1957.

Il y a tout de même une nouveauté de grande qualité. Les éditions Colin-Bourrelier nomment "L'Alouette", une collection solidement reliée et  illustrée en couleurs, pour les 8/14 ans. C’est encore la « collection des "Prix Jeunesse" » (prix fondé, rappelons-le, par Michel Bourrelier en 1934) et c’est aussi une collection conçue pour la distribution des prix. Elle  a fait reparaître en 1956  L’Île rose de Charles Vildrac, bien illustrée en couleur par Romain Simon qui illustre aussi la réédition de La Colonie en 1957, l’année où Marie Colmont (1895-1938) propose son recueil, Le Cygne rouge et autres contes du wigwam. May d’Alençon (1898-1968) fait éditer Les Six garnements de la Roche-aux-chouettes, illustré par Pierre Belvès (les aventures de six garçons sauvageons et sympathiques que des adultes aident à retrouver le bon chemin) en 1957. Parmi les traductions, on relève en 1957, L’Arc-en-ciel vogue vers Masagara de Friedrich Feld (illustré par Pierre Noël) et Marycia, la princesse au cœur de glace et autres contes polonais de Corneille Makuszynski (1884-1954), finement illustré par Françoise Estachy.



  Chez Magnard

L'éditeur Roger Magnard, inventeur jadis des cahier de vacances et Pierre Argence, président du Groupe Paris-Lyon, créent le Prix Fantasia en 1954-55 « dans le but de promouvoir une saine littérature pour la jeunesse ». Les éditions Magnard ont adopté ce nom de "Fantasia" pour une collection de fiction dont les premier volumes, publiés en 1956, sont la réédition des Contes des mille et une bêtes de René Guillot et Mylord et les saltimbanques d’Elsie (Elsie Denise Million). En 1957, lorsque Renée Manière publie Selma des neiges, l'éditeur, encore peu préoccupé par la réalité sociale contemporaine, propose « une série d’œuvres choisies parmi les œuvres claires les plus évocatrices des franches couleurs du monde. (...) Celles qui sont capables de libérer l’élan vers l'aventure, le rêve, la féerie, les domaines enchantés, la magie, le voyage, en un mot, la merveilleuse découverte du monde... ».  En 1957, on relève Le Rouge gazon, peut-être inspiré par le séjour de l’auteur André Baruc quand il était inspecteur primaire à Epinal, Taro-San, le montreur d’images de M.-A. de Miollis et surtout La Montagne endormie de Léonce Bourliaguet, un auteur alors très apprécié des enseignants. 
Dans la collection "Sciences et aventures" (1945-1963), première collection d’anticipation pour les jeunes, Pierre Devaux et H.-G. Viot, publient en commun, dans la collection, une tétralogie dont un tom est édité en 1957 : Explorations dans le Micro-monde.  
                       
           

Chez Delagrave

Les très anciennes Éditions Delagrave, fondées au XIXe siècle, publient surtout des œuvres reconnues, constituées de « Nouvelles, Romans  et Variétés », dans leur "La Bibliothèque Juventa" (pour les 12-15 ans). On y réédite en 1957 Cinq-Mars d’Alfred de Vigny, Les Trappeurs de l’Alaska de Gustave Aimard, Parmi les auteurs les plus souvent publiés, on compte Charles Dickens, Walter Scott,  Balzac  et Alexandre Dumas.
On destine sans doute aux livres de prix des ouvrages grand format comme Le Roman de Renart, La Roche aux mouettes de Jules Sandeau, La Mare au Diable de George Sand ou Le Livre de la jungle de Kipling, illustré par Paul Durand.
La collection "La Mouette", orientée vers les 7-14 ans, est aussi une collection consacrée en priorité aux classiques. Ces éditeurs créent encore "Gentiane" pour les petits, "Bouton d'Or" (pour les plus de 8 ans), et "Pivoine" orientée vers les lecteurs de plus de 10 ans. Elles lancent encore, vers 1953, "Aventure et jeunesse", collection reliée, luxueuse et illustrée,  visant les 9-12 ans. D’Herman Melville paraît Veste blanche et de Paul Couture, Le Trésor du soleil.

            Chez Nathan

Fernand Nathan, éditeur de livres scolaires et de matériel éducatif depuis 1881 avait lancé en 1916 la "Collection des contes et légendes de tous les pays", ouverte à la mythologie antique, à l’Histoire et aux régions de France.
Après la guerre de 39-45 se développe la série "Contes et Légendes des régions de France", forte de 24 volumes en 1959. C’est ainsi que Louis Pitz se charge de la Lorraine (1956) ; Marie-Louise et Jean Defrasne, du Berry (1957). H. Clérisse propose une synthèse des Récits et Aventures polaires.
La collection "Enfants du monde" conçue par la photographe Dominique Darbois dès  1953 se compose d’albums contant des enfances exotiques, comme Kaiming, le petit pêcheur chinois en 1957, juste après Rikka la petite Balinaise  et Teïva, enfant des îles. de Francis Mazière (en 1956)

(L’éditeur scolaire Larousse ne semble pas avoir publié de récit pour la jeunesse en 1957.)

  Appréciées par l’enseignement public et soutenues par le syndicat des instituteurs, le S.N.I., d’où peut-être la pérennité d’œuvres à la présentation plutôt morne, les éditions S.U.D.E.L (ou SUDEL) ont lancé La "Collection Jeunes". On y retrouve Léonce Bourliaguet et, en 1957, Paul-Jacques Bonzon évoquant la Résistance dans Mon Vercors en feu.

Les éditions Gédalge, fondées en 1952, continue à publier des livres scolaires et livres de prix  (comme Le Pays du Dauphin vert d’Elisabeth Goudge) et dans sa collection La Comète", reliée, illustrée  et cousue, qui remplace "Les Loisirs de la jeunesse", permet à Henri de Monfreid, illustré par André Hofer, de raconter La Perle noire (1957) tandis que H. Clérisse met en récit La Conquête du grand Nord.