vendredi 27 décembre 2013

Thierry de Royaumont, B.D. mythique dans Bayard, dès 1953 (2)

Thierry de Royaumont, dans Bayard, il y a 60 ans (2)


Les 3e et 4e épisodes du cycle « Thierry de Royaumont » sont les plus intéressants. Le scénario est très travaillé, sans clichés avec des dialogues toujours justes et le dessin de Pierre Forget a gagné à la fois en vigueur, en précision et en souplesse. La variété des plans et des angles est remarquable. L’architecture « vertigineuse » (selon Jean-Pierre Dionnet) des châteaux, des villes,  des coupoles et des minarets et des sites divers (comme le krak des chevaliers) est bien mise en valeur par les plongées et contre-plongées et par un dessin volontiers fantastique, mêlant réalisme et burlesque.

 
3e épisode de la série, L’Ombre de Saïno, prépublié dans Bayard de mars 1957 à mai 1958, devient un album « Ciné-Color » en couleurs, dès 1958. (Pierre Forget alors mène de front la 2e série « Mic et Mac » dans Bayard).  
Thierry a emmené Leïla dans l’immense château de son oncle Enguerrand de Coucy.  
Un complot d’ampleur mondiale est dirigé par Saïno, le maître de la poudre qui a détruit le château de Royaumont. L’homme sans visage incarnant le mal diabolique, dans ses chambres souterraines, a pour but d’asservir toute la France et le récit bascule dans la science-fiction.   


Le 4e épisode, Pour sauver Leïla, prépublié dans Bayard d’octobre 1958 à octobre 1959, ne paraît en album qu’en 1987. L’amie de Thierry est prisonnière du fameux Saïno à la tête d’une société secrète internationale. Toujours épaulé par ses fidèles compagnons, le noble Thierry va se rendre en Libye à Tripoli avant de gagner la cité interdite de Saïno et de ses cinq seigneurs, une cité fantastique construite au creux d’un cirque rocheux. Thierry masqué, après son introduction dans la cité, pour approcher sa bien aimée, doit accepter de subir l’entraînement des saïnos...    
La série aurait pu continuer si le père Sève n’avait pas été appelé en 1959 à diriger le mensuel Rallye Jeunesse. Quant à Pierre Forget, d’ailleurs mal rétribué pour son immense et splendide travail, il est retourné à la gravure des timbres-poste, une tâche où il excellait aussi. 
En 1986, Bayard-Presse réédite L’Ombre de Saïno et l’année suivante paraît enfin l’album inédit Pour sauver Leïla.  
Les éditions du Triomphe ont republié en 6 volumes (deux pour Le Secret de l’émir, 2 pour La Couronne d’épines), les 4 épisodes du cycle entre 1994 et 1997. 
Puisque le cycle s’est un peu brutalement interrompu, souhaitons qu’un habile scénariste actuel de B.D (nous n’en manquons pas) et qu’un tout aussi habile dessinateur aient la bonne idée de poursuivre la série…




Thierry de Royaumont, une B.D. mythique dans Bayard, il y a 60 ans

Thierry de Royaumont, dans Bayard, il y a 60 ans (1)

Pour mon copain Bernard,
parti depuis plus de 3 ans déjà
vers d’autres rivages
et qui aimait aussi cette B.D.


Je ne voudrais pas que l’année 2013 se termine sans que je signale l’apparition mémorable dans l’hebdomadaire Bayard, à partir du mois d’août 1953 et jusqu’en 1959, de la bande dessinée médiévale mettant en scène le « héros » Thierry de Royaumont et ses compagnons hauts en couleurs.
Dès les premières planches parues de ce véritable chef d’oeuvre, le dessin de Pierre Forget (1923-2005) qui va d’ailleurs évoluer et s’améliorer au fil des 4 albums de la série séduit tant les lecteurs que le bouche à oreille attire de nombreux admirateurs. (Le scénariste avait choisi Pierre Joubert, un illustrateur souvent confondu avec Forget mais l’artiste était trop occupé et préférait d’ailleurs l’illustration à la bande dessinée). 


On ignorait, à l’époque que le scénario extrêmement travaillé et original (même s’il s’inspire vaguement du récit Raoul du Vertfaucon, de Max Colomban), évoluant peu à peu vers l’étrange, voire le fantastique, était écrit par le père assomptionniste André (ou Marie-Paul) Sève (1913-2001), caché sous le pseudonyme de Jean Quimper.
Au temps de Philippe Auguste, quand Thierry décide de se rendre en Syrie pour y trouver des preuves de l’innocence de son père Arnaud de Royaumont accusé de trahison en Terre Sainte, il a la chance, en route, de faire la connaissance de compagnons exceptionnels : Galeran, surdoué cultivé, jongleur et prestidigitateur, Sylvain, vrai titi parisien, manuel adroit et débrouillard, plein d’humour mais toujours affamé et Gaucher, le géant colossal au grand cœur.


Le premier épisode : Le Secret de l’émir paru du 9 août 1953 au 10 octobre 1954 (devenu l’album Le Mystère de l’émir, malheureusement imprimé dans une unique et horrible encre verte), est constitué de 124 pages publiées à raison de deux planches par semaine (avec suspense obligé en fin de 2e page). On y fait déjà la connaissance de la charmante et douce princesse brune orientale Leïla, présentée comme la fille de l’inquiétant émir de Homs à l’identité mystérieuse. Pierre Forget met peu à peu en valeur la sensualité de celle qui devient très vite amoureuse de Thierry.   
(Il faut noter une courageuse dénonciation des atrocités commises par les Croisés dans un village musulman de Syrie.)


                 (Réédition en 2 tomes des éditions du Triomphe en 1994)

Le cycle de Thierry se poursuit avec La Couronne d’épines, épisode à la tonalité religieuse, prépublié dans Bayard en 1955 et sorti en un album théorique de 66 planches en 1956 (mais avec 3 planches absentes). Thierry, partant de Constantinople, fait échouer un complot turc dont le but était de s’emparer de la précieuse relique accaparée par le roi des Bulgares mais il devra se méfier du jeune Sandros qui s’est joint à son équipe.   


 Pour Bayard, Pierre Forget avait déjà dessiné Grenouille de la Première des Halles (1951) et Grenouille en Bretagne (51-52) sur un texte de Jean-Louis Foncine, Faucon Noir en 1952-53 (scénarisé par Michel Bernard), Les Sept samouraï (d'après Kurosawa), avant la série Mic et Mac.

Pour en savoir plus, lire :
HOP ! N° 11, N° 12, N¨13, N° 14, 1977 : dossier Pierre FORGET  
HOP ! n° 64, 1994 : Profil FORGET, page 38
HOP ! n° 106, 2005 ; nécrologie de Pïerre FORGET, page 56
Le Collectionneur de Bandes dessinées n° 34, 1982, La Bonne Presse (2), p. 8-10
Télérama n° 1854, 31/07/85 : Mon royaume pour une B.D. !Michel Daubert, p. 24-25 



mercredi 11 décembre 2013

Henri Laurens et la collection "Plume et crayon"

Quand l’éditeur Henri Laurens, au début du XXe siècle, se tourne vers l’enfance grâce à sa collection "Plume et crayon"…

Dans le Cercle des collections disparues", je suis heureux de faire entrer aujourd'hui "Plume et crayon".

  
Au début du XXe siècle, l’éditeur parisien Henri Laurens (1861-1933) avait déjà lancé la collection "Les Chefs-d’œuvre à l’usage de la jeunesse", illustrée par Robida (Les Voyages de Gulliver, 1904), Gustave Fraipont (Robinson Crusoé, 1906) ou Henry Morin (Les Contes de Shakespeare, 1913). Toujours soucieux d’esthétique, privilégiant plutôt l’illustration que le texte, il demande à des artistes renommés à l’époque (peintres, lithographes, dessinateurs, illustrateurs, voire caricaturistes…), de fournir « texte et dessins » pour sa nouvelle collection "Plume et crayon", abondamment illustrée et accessible à la jeunesse. Les ouvrages de tous ces artistes qui n’œuvraient guère pour les adultes sont agrémentés d’illustrations en noir et blanc et de planches en couleur. 




C’est ainsi qu’Albert Robida (1848-1926) réalise trois romans historiques : Les Assiégés de Compiègne (1905), L’Île des Centaures (1912) et Le Trésor de Carcassonne (1923). Les jeunes trouveront sans doute plus distrayants et proches d’eux, les ouvrages d’Henri-Louis Avelot (1861-1933) tels que Le Tour du monde de Philibert (vers 1908), Les Bonnes idées de Philibert (vers 1912) ou Arthur veut… Arthur ne veut pas, fournissant des images gaies et humoristiques. Les petits ont pu se délecter des histoires concoctées par Lucien Métivet (1863-1932) : Jean-qui-lit et Snobinet (1909) et de celles des fillettes Délurette et Lambine. Les jeunes lecteurs et lectrices, amateurs de fantaisie et d’histoires d’animaux humanisés ont pu apprécier Clown, La Poule à poils (1904) et surtout Le Boy de Marius Bouillabès (il s’agit d’un éléphant dessiné avec beaucoup d’humour et le texte intégral illustré est lisible sur Wikisource), trois ouvrages dus à Auguste Vimar (1851-1916) et sans doute très appréciés.


Le dessinateur belge (naturalisé Français) Gustave Fraipont (1849-1923), connu, par exemple, pour ses ouvrages sur Les Vosges et sur Le Jura, use de pédagogie et de sérieux pour écrire et illustrer André le Meunier, Yves le marin et Nouvelles histoires sur de vieux proverbes. C’est bien un récit d’anticipation que propose Henriot (alias Henri Maigrot, 1857-1933) avec Paris en L’An 3000 (en 1910). Après le passage d’un météore, les grandes villes dont Paris sont couvertes d’une épaisse couche de glace.


D’autres artistes ont réalisé un unique ouvrage. Par exemple, Louis Morin (1855-1938, Grand’mère avait des défauts !), David Burnand (1888-1975, Monsieur de la Tracassière). Les Mémoires d’un perroquet (particulièrement voyageur) de Pierre Noury (né en 1894, connu comme illustrateur des grands textes littéraires), bénéficie de quatre dessins en couleur hors-texte, en plus des gravures en noir et blanc. Cette collection n’a sans doute été accessible qu’aux enfants des familles aisées et elle semble généralement ignorée des histoires du livre de jeunesse.

Ce texte constituera la page 56 de la nouvelle édition 2013 de l'essai :
Fictions et journaux pour la jeunesse au XXe siècle


mardi 23 juillet 2013

Nouvelle du Prix François-Jodin 2013 : Tommy, le copain d'enfance inattendu

Prix François Jodin 2013 (organisé par la ville de Saint-Dié-des-Vosges et le quotidien Vosges Matin) : décerné en juin 2013 à Raymond PERRIN (Saint-Amé) pour sa nouvelle :

Tommy, le copain d’enfance inattendu

Dire quand et comment j’avais fait sa connaissance, c’était impossible. Ce fut sans doute un jeudi, au retour des courses à l’épicerie du quartier. On s’offrait à l’occasion quelques caramels à un franc. Or, nos habitudes d’écoliers du cours moyen avaient changé. Sans doute un meneur de la bande avait-il réussi à imposer la nouvelle mode. Nous avions jeté notre dévolu sur le chocolat, sans doute en raison des privations de la guerre, d’un semblant de prospérité retrouvée.
Il fallait voir avec quelle jouissance nous découvrions sous le papier d’emballage l’aluminium brillant sur lequel reposait la vignette colorée, notre passion. L’image convoitée rejoignait l’album-collecteur. La quête n’avait pas de fin. Après les Merveilles du Monde, les Paysages de France, la série des coureurs du Tour, notre appétit d’images, déjà nourri par nos illustrés violemment colorés, était insatiable….
C’est alors qu’était apparu le nouveau copain, avec sa tête souriante au visage très foncé, aux yeux ronds expressifs sous des cheveux frisés et crépus. Nous fûmes convaincus qu’il pouvait être des nôtres en voyant sa salopette bleue ornée sur la fesse d’une énorme pièce reprisée avec du gros fil noir. Ce signe de fraternité manifestait son appartenance probable à un milieu social proche du nôtre et son goût pour les jeux qui mettaient à mal nos modestes vêtements. Nous venions de lancer une nouvelle mode.
Celle de glisser sur les pentes douces des prés à l’aide d’une planche vaguement rabotée, enduite de bougie pour la rendre lisse. Au contact de la moindre dénivellation, la planche stoppait sa course. Nous étions projetés en avant, au prix d’une belle déchirure dans notre fond de pantalon. J’imaginais déjà notre nouvel ami nous accompagnant pour saisir à belles mains les truites arc-en-ciel du ruisseau ou les grenouilles de Mare-Sèche, marauder les cerises de la vieille Maria, faire ensemble mille cabrioles en vélo ou se lancer en parachute depuis les cimes des bouleaux flexibles.
Un peu ventru, le nouveau compagnon était aussi gourmand que nous. Son regard, tantôt naïf, tantôt roublard, suscitait la sympathie. Il fallait voir sa curiosité devant la vitrine exposant un chien primé lors d’une exposition canine. Les mains dans les poches d’une salopette couvrant la majeure partie d’une chemise à carreaux blancs et rouges, il paraissait attendri par l’animal esseulé. En fait, je retrouvai Tommy, (c’est le nom que je lui donnai intuitivement), près d’une usine à la grande cheminée de briques et aux toits crénelés comme ceux du tissage où travaillaient mes parents, harassés par le staccato infernal des métiers. Pour gagner quelque argent de poche, il avait convaincu le propriétaire d’un chien à tondre. Son travail pourtant consciencieux avait déplu à l’animal et Tommy avait fui dans un arbre, jusqu’au clair de lune, attendant que le chien apaise sa rancune. Chaque semaine, notre ami enrichissait notre mémoire d’aventures peu banales. Elles étaient pleines de couleurs vives qui égayaient notre quotidien gris et ennuyeux. Peu importe si ce qu’il nous montrait était ou non vraisemblable. On se doutait bien qu’il n’avait pas réellement été arbitre ou photographe sur un stade comme il le faisait croire. Ses histoires sobrement contées se terminaient en farce et nous nous contentions d’en rire. Ses déboires en cuisine quand il jonglait avec les assiettes finalement fracassées sur le sol ou lorsque sa recette trop personnelle conduisait ses invités à l’hôpital nous amusaient parce qu’il riait de lui-même.
L’affaire prit une autre tournure quand un ainé nous demanda si on s’intéressait encore à ces histoires de « nez-gros ». Naïvement, je répliquai que Tommy n’avait pas le nez gros, qu’il était seulement un peu épaté. Tout le monde s’esclaffa et on me fit vite comprendre qu’il voulait dire « négro » ! J’avoue que le fait qu’il soit noir m’avait alors échappé, j’étais choqué par cette façon de le nommer. Fâché de la tournure des événements, je répondis que ces Noirs avaient contribué à la libération de notre région en payant le prix fort, comme on pouvait le voir sur les rares monuments consacrés aux Tabors et Sénégalais.
Un souvenir brûlant me revint en mémoire. Quelques années plus tôt, nous avions dû quitter nos caves et notre village en feu et bombardé de toutes parts. Après une marche pénible, la rivière ayant quitté son lit pour occuper la chaussée, nous étions à la sortie du hameau. Le dernier pont était détruit. Des soldats étaient là pour nous aider à quitter ces lieux dévastés afin de gagner une contrée moins hostile. Je reverrai toujours ce jeune soldat noir qui m’empoigna vigoureusement et me déposa de l’autre côté de la rivière en crue.
Etait-il venu de sa lointaine Amérique pour être débarqué en Normandie ou était-ce un soldat africain de l’armée en marche depuis l’Afrique du Nord ? J’ai toujours préféré ne pas le savoir pour toujours associer les deux possibilités dans ma mémoire reconnaissante.
Le lendemain, en classe, un autre événement plus grave devait se produire. L’institutrice avait sa tête des mauvais jours. Les cahiers du jour corrigés, empilés sur le bureau, laissaient présager la longue litanie des reproches assortie des centaines de lignes à copier pour nos fautes et nos erreurs. Mais en redressant son opulente poitrine, elle prit un ton solennel pour révéler un « scandale ». Des passants du quartier avaient retrouvé dans un fossé une tablette de chocolat à peine entamée mais délestée de sa vignette colorée et l’avaient rapportée à l’institutrice pour une leçon de morale. Nous avions compris que l’image disparue évoquait une histoire de Tommy, alias Chocorêve, le petit Noir qui nous distrayant tant. Comme nous échangions nos doubles au vu de tous dans la cour de l’école, nous étions tous suspects. L’institutrice dont le mari était gendarme nous promettait les pires tourments, jusqu’à une nuit en prison si le coupable ne se dénonçait pas. Personne ne broncha. Qui avait commis cette sottise bête et choquante alors que les restrictions de la guerre hantaient nos mémoires ? Nul ne le sut jamais mais la collecte des vignettes des aventures du petit Noir s’arrêta net.
Qu’importe, le même dessinateur venait d’entreprendre les aventures d’un petit Indien d’Amérique. Je savais maintenant à qui m’intéresser ? 



P. S. : Cette nouvelle mêle intimement Histoire et fiction, une fiction qui s’accorde beaucoup de libertés par rapport à la première.
A propos du personnage de Chocorêve, utilisé par le chocolat Ibled, on sait que c’est une invention du dessinateur signant « Rol. » lequel Rol. raconte d’abord  ses aventures dans le journal La Voix du Nord. Mais Rol. est-il Roland Venet (né en 1919 selon Henri Filippini) ou Rochelle (bien connu des lecteurs du Journal de Tintin) ou les deux ? Le mystère demeure.
Rol a dessiné dans de nombreux journaux, en particulier dans Tintin (le petit Indien Wa-Pi-Ti, couverture de L'Anneau d'Athanase dans le n° 236 du 30 avril 1953...),  dans Line pour Miche et Mouche, dans Record... Wa-Pi-Ti a également été publié au cours des années 50, en "strips", par La Vie catholique.
Comme le quotidien Vosges Matin ne publie pas la nouvelle qui comporte environ 6000 signes, la voici.  

L'épopée du roi Gilgamesh et de son ami Enkidou

Livre paru le 16 juillet 2013



L'épopée du roi
Gilgamesh
et de son ami Enkidou

Souviens‑toi longtemps de ce roi puissant, j
Pour un tiers humain, changé en tyran. 
Sa propre cité, il l'a édifiée,
La muraille d'Ourouk, il l'a érigée.
Bâtisseur de temples, il mit ses exploits
Dans la lazulite gravée pour les rois.

L’épopée de Gilgamesh et de son ami Enkidou, vieille de quelque quatre millénaires, est la première oeuvre littéraire connue. Elle exalte les valeurs de l'amitié et de l'amour, exprime la crainte de la mort et le prix inestimable de la vie.
Inspirée très librement de plusieurs traductions savantes françaises, voici une adaptation en huit chapitres du récit retrouvé sur une douzaine de tablettes d'argile mésopotamiennes, plus ou moins complètes. Ces tablettes, pièces d'un puzzle reconstitué mais mutilé, content le fabuleux destin d'un roi qui refuse de mourir et évolue de la tyrannie vers la sagesse.
Comme beaucoup d’adaptations actuelles, cette version s’inspire des diverses traductions connues, en particulier celles de G. Contenau (1939), de J. Bottéro (1992) et de R. J. Tournay et A. Shaffer (1994). En étant fidèle à la tradition mésopotamienne, l’objectif essentiel consiste dans le respect d’une triple contrainte pour restituer à la fois un poème, un récit épique continu et un ensemble de dialogues indispensables. Dès le prologue apparaissent plusieurs poèmes qui préservent images et lyrisme de l’épopée. Il convient de conserver la sensualité du poème et l’aspect humain et universel d’une œuvre majeure.
Alliant vers et prose pour rester fidèle à la tradition mésopotamienne, le texte adopte une lisibilité contemporaine et propose une version cohérente et accessible aux lecteurs actuels, jeunes ou moins jeunes.

(Edition pourvue d’une carte de la Mésopotamie, d’un index des noms propres et d’une bibliographie)

Raymond Perrin, auteur de plusieurs essais qui sont devenus des ouvrages de référence incontournables sur l'histoire des livres et des journaux pour la jeunesse, a également collaboré à plusieurs dictionnaires. Il a aussi publié, outre une Histoire du polar jeunesse. Romans et bandes dessinées,  des articles, des dossiers, et sur le romancier Pierre Pelot et sur le poète Arthur Rimbaud, ce dernier étant en outre gratifié d’un essai.

Maquette et illustration de couverture: Renaud Perrin.
ISBN : 978‑2‑343‑01261‑2 

Une nouvelle édition corrigée, non "officielle" et considérée seulement pour l'instant comme un nouveau tirage, a été effectuée en septembre  2013. Je vous conseille d'exiger cette édition dans vos éventuels achats.

lundi 22 juillet 2013

Imaginales 2013 Festival des mondes imaginaires d'Epinal : quelques photos

Imaginales 2013 Festival des mondes imaginaires d'Epinal


Pourquoi cette diffusion tardive ? On pourrait croire que mes photos étaient tombées dans une faille spatiotemporelle. La réalité est plus prosaïque.  Je suis allé aux Imaginales le vendredi 24 mai et j’ai assisté à quelques débats faisant intervenir surtout des auteurs qui publient en « jeunesse ».
En particulier, celui qui se déroulait sous le chapiteau du « Magic Mirrors 2 », intitulé : Ecrire pour de jeunes lecteurs et les passionner. Etaient présents Timothée de Fombelle (présent pour la 1ère fois aux Imaginales), Carole Trébor (lauréate du Prix des Collégiens 2013), Xavier Müller et le Spinalien Johan Heliot.
Autre débat intéressant (mais ils le sont tous !), celui qui se déroulait l’après-midi sous le « Magic Mirrors 1 », animé par l’excellent Christophe de Jerphanion, qui connaît toujours à fond ses dossiers et a lu tous les livres dont il parle. On y remarquait Alain Grousset et Brigitte Egémar. 

J’ai pris quelques photos des gens présents sous la bulle du livre, espérant en prendre d’autres le samedi, en particulier des auteurs féminins. Or, je ne suis pas retourné aux Imaginales, ni le samedi ni le dimanche... Il en résulte un déséquilibre évident puisque ne figurent pas parmi les photos prises en 2013 (en me limitant aux « auteurs jeunesse »), Samantha Bailly, Manon Fargetton, Gugule, Justine Niogret, Carina Rozenfeld, Marie-Charlotte Delmas, etc.
Pour tenter de compenser, j'ai repris quelques portraits des Imaginales 2012.      
Je précise que j’ai été enchanté de rencontrer Simon Bréan dont je venais de lire l’excellent essai : La Science-fiction en France Théorie et Histoire d’une littérature, paru aux Presses de l’université Paris-Sorbonne en 2012. Rien à voir avec la littérature jeunesse mais cet ouvrage renouvelle et réactualise la lecture de certains auteurs comme Jean-Pierre Andrevon ou Pierre Pelot, par exemple.  

Voici donc un aperçu si partiel et si subjectif que j’ai longtemps hésité à vous le proposer.



dimanche 3 mars 2013

Maurice Rosy, enchanteur du journal de Spirou


Maurice Rosy (1927-2013), enchanteur  de « l’Age d’or » de Spirou

C’est un exceptionnel graphiste, éditeur, scénariste et dessinateur qui nous a quittés le 23 février 2013.


Grâce à Yvan Delporte, ce fils de cloutier autodidacte et musicien (son père refuse qu’il entre dans une école d’art), grand pianiste de jazz, entre au journal de Spirou  comme « donneur d’idées » auprès de la rédaction. Cette fonction unique lui est attribuée par Charles Dupuis. En fait, il devient très vite directeur artistique puis rédacteur en chef et se distingue comme scénariste de plusieurs séries très populaires. Par ses heureuses initiatives, Rosy a fortement contribué à la naissance de l’âge d’or du journal de Spirou.
Pour la série Spirou et Fantasio dessinée par Franquin, on lui doit le scénario des épisodes  Le Dictateur et le champignon (inventant le fameux gaz Métamol), La Corne du rhinocéros et Les Pirates du silence. C’est lui qui fait parler le premier le Marsupilami.
Il joue un grand rôle (donnant ainsi leurs chances à de nombreux dessinateurs talentueux) dans la création du journal grand format Risque-Tout (1955-1956) mais dont la diffusion géographique a été malheureusement restreinte.


C’est lui qui avec son copain Delporte ouvre Spirou à des formes d’humour nouvelles et à des séries inhabituelles.
C’est lui qui crée la série Boule et Bill, dessinée par Jean Roba, dans le fameux mini-récit (inséré dans Spirou) : Boule contre les mini-requins.
C’est lui qui scénarise le deuxième épisode de Jerry Spring, Le Splendide cavalier (devenu  Yucca ranch, en album), la série dessinée par Jijé.
C’est lui qui crée le rôle du mythique méchant Monsieur Choc, en habit et masque de fer, pour la série Tif et Tondu, dessinée par Will et dont il scénarise plusieurs épisodes avant de passer le relais à Maurice Tillieux.
En éditeur visionnaire, c’est lui qui invente la première collection de poche de BD avec « Gag de poche ». Si certains jugent la collection éphémère, qu’ils considèrent tout de même que 65 titres sont parus dont le rare Gaston biographie d’un gaffeur. C’est là que les Peanuts de Charles Schulz été d’abord traduits et Rosy y scénarise plusieurs épisodes de Bobo, l’éternel évadé qu’il a conçu pour le dessinateur Paul Deliège. Pour Bara, Rosy donne encore la parole à Max l’explorateur, jusqu’alors muet.     


C’est encore lui qui fait parler le chien policier Attila, à une époque où Derib n’était encore qu’un jeune dessinateur.
Après que son ami Delporte doit quitter Spirou, il  quitte Dupuis et la Belgique et s’installe à Amsterdam puis à Paris où il veut vivre de ses dessins. Il travaille à la fois pour la presse des adultes et pour celle des jeunes (chez Bayard). Il illustre de nombreux livres pour enfants de Béatrice Rouer, Jacqueline Held (série Croktou), Eveline Reberg, etc. 

Espérons que nous verrons paraître cette année son autobiographie en bandes dessinées, dont la publication était prévue à l’occasion des 75 ans du journal de Spirou.


jeudi 24 janvier 2013

"La Vie exaltante" des éditions de la Nouvelle France (2) Bibliographie


"La Vie exaltante" des Editions de la Nouvelle France, une collection assez mal connue  (2)
Collection « La Vie exaltante », Editions de la Nouvelle France (1943-1947) Bibliographie des ouvrages parus


1- Blaise CENDRARS ‑ L'Or, la merveilleuse histoire du Général Johann August Suter, illustré par Maurice Sauvayre. 1943, R. 1946
2- Maurice CONSTANTIN‑WEYER (1881-1964) ‑ Un homme se penche sur son passé, illustré par Georges Pichard.
3- Roger  VERCEL ‑ Du Guesclin, illustré par Jacques Lechantre
4- Joseph PEYRE - L’Escadron blanc, illustré par Pierre Noël
5- Comte de  GOBINEAU.‑ Le Prisonnier Chanceux illustré par Pierre Leconte
6-  J. H. ROSNY Aîné ‑ La Guerre du feu, illustré par Michel Jacquot
7- Pierre VIRÉ ‑ Au péril de l'espace. Illustré par Gaston de Sainte‑Croix 1942, 1943
8- Pierre VÉRY ‑ Les Disparus de Saint‑Agil illustré par Beuville, 1943.
9- A. T'SERSTEVENS. ‑ Joies de plein air, illustré par Hervé Baille (inédit). 1944
10- Louis GARNERAY. – Voyages, aventures et combats. Marins de Surcouf, illustré par Tïmar.
11- Pierre MAC ORLAN. ‑ L'Ancre de Miséricorde, illustré par Guy. Arnoux.
12- Guy de CHÉZAL. ‑ En Auto‑mitrailleuse, à travers les batailles de mai, illustré par Roubille.
13- Hélène DUFAU. ‑ Onze filles de France, illustré par Robert Joël (inédit).
14- Janine RIBES. ‑ Charlotte Corday. Une Romaine de Basse-Normandie, illustré par Jean Pichard (inédit).
15- Albéric CAHUET. – Pontcarral, illustré par Joé Hamman
16- Louis GARNERAY. – Voyages, aventures et combats. Pirates et Négriers, illustré par Timar.
17- Léon TREICH. ‑ Les Gentilshommes de la Flibuste, illustré par Van Rompaey (inédit).
18- O.P. GILBERT ‑ Le Courage est quotidien, illustré par Jacques Lechantre
19- Jacques DEBÛ-BRIDEL ‑ La Fayette. Une vie au service de la liberté, illustré par Jean Pichard (inédit). 1945
20- Anonyme ‑ Le Troisième Régiment de Tirailleurs Algériens en Italie (Janvier‑Août  1944), illustré de reproductions photographiques
21- Pierre DUBARD. ‑ Patrouilles à la Mer. Dunkerque-Flessingue 1939-1940, illustré par Nivard (inédit)
22- Maurice BOISSAIS ‑ La Postérité d'lcare, illustré par Gaston de Sainte‑Croix (inédit)
23- Jean VARIOT (1881-1962) ‑ Les Coursiers de Sainte-Hélène, illustré par Luc‑Marie Bayle.
24- Paul ACHARD, ‑ Le Soldat de la neige (1) : Le Héros des Alpes, illustré par Jean Traynier (inédit).
25- Raymond MILLET. ‑ Claude Bernard ou l’aventure scientifique, illustré par G. Bourdier (inédit).
26- Marcel MIGEO ‑ Pour l'honneur des ailes, illustré de bois gravés en couleurs de Lucien Cavé (Inédit).
27- Edouard PEISSON ‑ L'Aigle de Mer, illustré par Guy Arnoux.
28- René JOUGLET (1884-1961) ‑ La Ville Perdue, illustré par  Jacqueline Charmot
29- Louis‑Frédéric ROUQUETTE. ‑ Le Grand Silence blanc, illustré par Watrin.
30- Paul ACHARD. ‑ Le Soldat de la neige (2) : La Grande Epreuve, illustré par Jean Traynier (inédit).
31- Janine RIBES. ‑ Le Chemin de Jérusalem, illustré par N. Noël (inédit).
32- Charles PICHON – Charles de Foucauld. Le Houzard, illustré par Chavanne (inédit).
33- Henri MALO ‑ A l'Enseigne de la Petite Vache, illustré par Paul Jarach (inédit).
34- Charles PICHON ‑ Charles de Foucauld. Le Saint du Sahara, illustré par Chavanne (inédit).
35- H de ROLLAND ‑ Sept Siècles de Gloire, illustré par Pierre Theuber (inédit).
36- Emile CONDROYER  - Malgorn le baleinier, illustré par Pierre Watrin, 1946


37- Hélène DUFAU - Le Tragique été normand, illustré par François Ganeau
38- Marcelle VIOUX  - Jeanne d’Arc, illustré par Luc-Marie Bayle (1) 1946
39- Roger VERCEL - Le Fleuve. Les Grandes heures de la vie de François Garnier, illustré par Pierre Lafaux
40- Jean BOUCHON - La Lettre de marque, illustré par Huguette Bertrand
41- Capitaine CANOT - Vingt années de la vie d’un négrier, grand récit d’aventures, illustré par Luc-Marie Bayle
42- Joseph PEYRE - Matterhorn, illustré par Pierre Lafaux, 1947       

(1)    On indique parfois que la 1ère édition serait de 1942 en l’attribuant par erreur aux éditions de la Nouvelle France. Or, l’ouvrage était alors publié par les éditions Fasquelle et il pouvait être « récupéré » par le régime de Vichy, Jeanne d’Arc, ayant bouté jadis les Anglais hors de France.
L’édition de 1946 (qui est donc une nouvelle édition) pouvait cette fois plaire davantage au pouvoir gaulliste, Jeanne d’Arc devenant alors une icône de Résistance.

"La Vie exaltante" des éditions de la Nouvelle France : une collection mal connue


"La Vie exaltante" des Editions de la Nouvelle France, une collection assez mal connue  (1)


Pourquoi si peu d’ouvrages historiques consacrés à l’édition française évoquent-ils cette collection qui a pourtant publié 42 ouvrages de 1943 à 1947 dont une quinzaine d’inédits ? Peut-être parce qu’elle symbolise assez bien toutes les ambiguïtés politiques d’une époque balançant entre la Collaboration et la Résistance.
L’appellation « Editions de la Nouvelle France », créée au moment où la France connaît le régime de Vichy est plutôt étonnante et le nom de la collection : « La Vie exaltante », dans un tel contexte pourrait sembler une provocation. (1)
Bien sûr, on pourra rappeler qu’une telle expression est généralement utilisée pour rendre compte d’une existence épique, dune carrière militaire exemplaire ou d’une vie vouée à la défense d’un idéal. On ne manquera pas de remarquer que c’est à la fin de 1944, seulement, que la collection obtient l’aval de la censure militaire, après avoir, il est vrai, publié habilement des ouvrages célébrant la courageuse libération du pays.
Voici comment les éditeurs présentent leur collection, en 4e de couverture de la réédition de l’Escadron blanc (n° 4) de Joseph Peyré : « Le titre de la collection n’est pas modeste mais la modestie n’est pas toujours opportune quand il s’agit d’évoquer les plus glorieuses références de notre histoire ou de réveiller les mâles vertus qui sont l’illustration de notre race. Que l’exemple soit puisé dans l’innombrable geste nationale ou qu’il soit offert par des héros inventés selon les règles traditionnelles, les textes de cette collection voudraient avoir pour mission de restaurer, d’entretenir et d’exalter les grandes vertus viriles qui sont le goût du risque et le sens de l’honneur ».      


Selon Elisabeth Parinet (Histoire de l’édition à l’époque contemporaine, Seuil, 2004, p. 368), les éditions de la Nouvelle France sont créées par le fils de Georges Crès qui ajoute ainsi « au fonds hérité de l’ancienne maison Crès, disparue en 1938 », une édition de « demi-luxe ».
De nombreux ouvrages sont de nouvelles éditions puisqu’il n’y a en tout qu’une quinzaine d’inédits.
Sans doute avec l’accord de l'occupant et grâce à un groupement d’éditeurs (on aimerait bien savoir lesquels), elles ne manquent pas d'un papier de qualité et publient, à tirage limité, des romans luxueux pour l'époque, reliés et illustrés, dans la collection "La Vie exaltante". Le tirage est généralement de 500 ouvrages, plus 80 hors commerce (certains ouvrages bénéficient de nouveaux tirages en 1946), tous illustrés en couleurs, avec des hors-texte. Les livres, au format 19,5 sur 14,5 cm., sont munis d’une jaquette mobile illustrée en couleurs
Au départ, la tonalité de la collection semble traditionaliste et nationaliste. La publication d’un livre consacré à Charlotte Corday, la meurtrière du révolutionnaire Marat, est assez édifiante. Certains auteurs sont maurrassiens, pétainistes et la présence du comte de Gobineau, précurseur de théories racistes, confirme cette orientation droitière (2).
Or, dans la deuxième moitié de l’année 1944, après la libération de Paris, la collection introduit d’autres sensibilités dès la douzième parution. Interviennent alors des auteurs gaullistes, tel Jacques Debû-Bridel (pour une vie de La Fayette, une vie au service de la liberté), des résistants, comme Paul Achard. Des ouvrages célèbrent adroitement le débarquement, les armées de libération sur terre, sur mer et dans les cieux.
Personnellement, j’apprécie la reconnaissance du rôle libérateur des soldats africains dans Le 3e R.T.A en Italie (Janvier-Août 1944), écrit par des mains anonymes.  
Après une réédition de L’Escadron blanc de Joseph Peyré, illustrée par Pierre Noël, le 6e volume est une réédition de La Guerre du feu de J.- H. Rosny, illustrée en couleur par Michel Jacquot, avant Marins de Surcouf et Pirates et négriers de Louis Garneray, mis en images par Timar. Sur le même thème sera publié Les Gentilshommes de la flibuste de Léon Treich. La mer et les marins inspirent d’autres rééditions de récits, comme L’Aigle de mer d’Edouard Peisson, L’Ancre de miséricorde (1944) de Pierre Mac Orlan, illustré par Guy Arnoux, Patrouilles à la mer. Dunkerque-Fessingue 1939-1940 de Pierre Dubard. Le récit de Jean Variot, Les Coursiers de Sainte-Hélène, superbement illustré par Luc-Marie Bayle (1914-2000), imprimé en juillet 1945, est « autorisé par la censure militaire en date du 30 octobre 1944 ».  
On rencontre aussi dans la collection une réédition du récit : Les Disparus de Saint-Agil de Pierre Véry, illustré par Beuville. En mars 1944 paraît le romanesque Pontcarral (1937) d'Albéric Cahuet (1877-1942), un auteur aux écrits dénotant parfois une tonalité pétainiste, réactualisé par le film de Jean Delannoy en 1942, réédition posthume mal mise en images par Joé Hamman.
Quelques  récits à dominante biographique célèbrent Du Guesclin et Le Fleuve. Les Grands heures de la vie de François Garnier de Roger Vercel ou Claude Bernard ou l’aventure scientifique de Raymond Millet. 
La publication du 30e volume, La Grande épreuve, roman montagnard dédié à François Mauriac, second volume du diptyque Le Soldat de la neige de Paul Achard, au cours du 4e trimestre de 1945, laisse perplexe. C’est vrai : la tonalité religieuse dominant le 1er tome : Le Héros des Alpes, célébrant Saint Bernard de Menthon, est amplifiée dans le 34e volume, dû à Charles Pichon qui consacre, avec imprimatur, deux ouvrages biographiques à Charles de Foucauld : Le Houzard, puis Le Saint du Sahara.  Le dernier ouvrage de la collection, le n° 42,  semble être Matterhorn de Joseph Peyré, en 1947. (3)



(1) La consultation de l’ouvrage de Pascal Fouché : L’Edition française sous l’Occupation 1940-1944 (mais je n’ai lu que le tome II) ne m’a pas apporté d’éclaircissements. Les deux volumineux ouvrages ne mentionnent en tout que deux brèves notes.  
Le gros ouvrage, L’Edition française depuis 1945, ne nous renseigne guère. On y apprend que c’est « la Librairie de l’exportation Gaulon et fils (qui) représente un temps les Editions de la Nouvelle France » (p. 717) et que ces éditions « reprennent leurs activités » ( ?...) le 24 mai 1949 (p. 806).  
Les faibles tirages, en général 500 exemplaires luxueux, parfois « sur velin B.K.F de Rives, numérotés de 1 à 500 », d’une collection vouée en outre à la jeunesse, peuvent aussi expliquer le faible intérêt des historiens de l’édition pour cette collection.
(2) Un auteur de la collection,  sera condamné à la Libération, de vingt ans d’indignité nationale. Un autre, mis à la porte de l’Education nationale, est suspecté d’antisémitisme.
(3) Les éditions de ces ouvrages ne sont pas toutes reprises dans les bibliographies « officielles » des divers auteurs.